Interview de Maria Vadillo : Les collectivités et leurs moyens d'intervention en matière de santé
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Maria Vadillo est Déléguée à la Santé et Présidente de la Commission des Solidarités au Conseil régional de Bretagne - Maire-adjointe et Vice-Présidente du CCAS à la Ville de Rennes
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1 - Quel rôle les collectivités locales peuvent-elles jouer en matière de santé publique ?
En premier lieu, il faut rappeler que les collectivités n’ont pas de compétence spéciale en matière de santé, ce domaine relevant avant tout de la compétence de l’Etat et de l’Assurance maladie. Les maires disposent néanmoins d’un pouvoir de police sanitaire : ils peuvent par exemple procéder à la fermeture d’un restaurant pour des problèmes sanitaires, après demande de contrôle de la DDASS.
Cependant certaines villes se sont saisies des questions de santé de la population, surtout à travers des actions de prévention et d’éducation à la santé, la santé étant ici entendue au sens large, selon la définition de l’OMS [1].
La ville de Rennes s’est notamment inscrite dans la démarche du label Ville Santé qui est un engagement à recueillir certains indicateurs en la matière, à mettre en place des actions données, à évaluer ces actions selon une méthodologie particulière et en lien avec les habitants. Rennes s’est dotée d’un service d’hygiène santé, cela lui permet d’exercer ses compétences par exemple sur le bruit, ou sur les nuisances causées par les animaux. Nous menons par ailleurs des actions volontaristes : ainsi dans le domaine de l’accueil de la petite enfance, très développé, avec beaucoup de crèches, nous avons créé des postes de psychologues pour enfants afin de détecter précocement d’éventuels problèmes, notamment en direction des familles les plus fragiles. Toujours sur la question de l’enfance, nous avons mis en place, sur proposition du maire, un dispositif de suivi dentaire ; un programme de nutrition (lutte contre l’obésité notamment) a également été élaboré en collaboration avec le Conseil général.
Il y a 20 ans, la ville avait déjà mis en place la Maison de la Santé, qui est un lieu ressource pour les patients, les associations, afin de répondre aux questions, mutualiser les expériences, organiser des manifestations de prévention…
Dans le cadre du label Ville Santé, nous avons également mis en place un Comité consultatif composé de représentants d’institutions, d’associations et de personnes qualifiées dans le champ sanitaire et social. Ce comité est présidé par l’élue à la Santé Clotilde Tascon et fonctionne autour de 3 groupes de travail :
- sur la question de l’accès aux soins des plus démunis, avec la mise en place d’actions phares,
- sur la prévention et la lutte contre les addictions,
- sur la question du « Bien vieillir » autour de la santé des seniors…
2 - Avec une majorité de Gauche depuis 2004, comment la Région Bretagne s'implique t-elle sur ce dossier ?
Encore une fois il faut rappeler que la Région n’a pas vocation à intervenir dans le domaine de la santé et son budget total est inférieur à celui de Rennes Métropole par exemple. Mais nous avons fait le constat de mauvais indicateurs en Bretagne. Nous avons notamment repéré un problème de surmortalité précoce liée aux suicides et aux conduites addictives. Nous avons donc affecté un budget pour intervenir en lien avec l’Etat, les villes et les Conseils généraux afin de donner un coup de pouce politique à certains dossiers et pour progresser.
Nous nous sommes engagés sur sept pistes d’actions :
- le financement de l’Observatoire régional de la Santé, seule mesure qui existait déjà avant 2004,
- le suivi de l’offre de soins : Gildas Dréan et moi-même siégeons notamment dans la Commission exécutive de l’ARH (Agence régionale de l’hospitalisation) avec voix consultative,
- la création à terme de 40 postes territoriaux d’animateurs de santé employés par les collectivités, co-financés par l’Etat, la CRAM, les collectivités et la Région,
- un appel à projet commun Etat/CRAM/Région dans la lutte contre les addictions et la prévention du suicide,
- le volet santé / qualité de vie du programme Karta dans les lycées,
- le soutiens aux missions locales pour intervenir auprès des jeunes en difficulté d’insertion professionnelle,
- la politique sociale du logement (qualité du logement, logement temporaires…)
3 - Une nouvelle décentralisation devrait-elle accorder aux collectivités plus de compétences et de moyens en matière de santé ?
Je tiens à insister sur le fait que la question des solidarités doit rester une prérogative de l’Etat, qui est garant que tous ceux qui vivent sur le territoire français soient traités de la même manière, et ce la vaut pour la santé. Mais il pourrait être intéressant de déléguer aux Régions la mise en œuvre du maillage territorial en termes d’offre de soin. Les actions de prévention peuvent également être déléguées aux Régions : en effet, chaque Région a sa culture particulière, il existe même souvent plusieurs cultures en leur sein. L’échelon régional permettrait en outre de mieux suivre les indicateurs de santé et de bien-être de la population. Cependant, l’Etat doit demeurer le garant d’une bonne péréquation et de la qualité de l’offre de soin.
[1]
La santé est un état de bien être total physique, social et mental de la personne (image « positive » de la santé). Ce n'est pas la simple absence de maladie ou d'infirmité.